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Rénover, restructurer, recycler, réutiliser, réemployer.

par Séverine TARDIEU – Vice-présidente de l’Ordre de Nouvelle-Aquitaine, référente du pôle de Pau.

Après la politique de démolition — reconstruction, la pénurie foncière, l’identité de certains bâtiments, nous ont conduits à leur réutilisation, à leur reconversion à leur re-création. Ces opérations ont abouti à des projets faisant sens, exprimant leur histoire et l’évolution de notre société.

Ainsi que le foncier, les ressources ne sont pas sans limites. Avec le constat que les déchets du bâtiment représentent 75 % des déchets de l’industrie et que leur impact financier devient conséquent pour tous, il convient d’associer réduction des déchets et meilleure gestion des ressources.

La loi de transition énergétique de 2015 impose au BTP de valoriser 70 % de ses déchets à l’horizon 2020.

Jusqu’à présent, la valorisation des déchets issus du bâtiment concerne principalement la réutilisation de matériaux de gros œuvre. Parallèlement les fabricants tentent d’intégrer dans leur process des produits recyclés. Les matériaux de second œuvre sont jusqu’à présent peu concernés.

L’exposition «  Matière grise  » créée par le Pavillon de l’Arsenal et Encore Heureux a participé à l’éveil des consciences.

Pour avancer dans la démarche, il faut faire rimer Écologie et Économie.

Sur les territoires une multitude d’initiatives et d’idées, souvent portées par des architectes, commencent à lever les premiers obstacles : Identifications des gisements, diagnostics, stockages, mises en relation de l’offre et de la demande, chantiers test,… À Pau l’association IDRE a expérimenté et a produit une analyse technique et financière d’un chantier de déconstruction avec le coût des matériaux ainsi «  produits  ».

Mais un des principaux freins reste l’assurabilité des matériaux.

La première ordonnance encadrant la possibilité des maîtres d’ouvrage à déroger à la réglementation «  afin de recourir à des solutions à caractère innovant, d’un point de vue technique ou architectural  » a été publiée au JO du 31 octobre. «  Les matériaux et leur réemploi  » sont une cible. Et les guides techniques «  permettant la reconnaissance des performances des matériaux réutilisés et réemployés  », annoncés par le ministère de la Transition écologique pourraient accélérer le processus et l’organisation de filières économiques.

Concevoir autrement
Le réemploi n’est pas encore généralisé, mais il doit être pensé comme un modèle complémentaire à notre acte de bâtir.

La réutilisation et le réemploi de matériaux nous poussent à concevoir autrement, à s’adapter à ce que l’on trouve – localement — à un moment donné. Cela nous pousse à être agile, inventif et ce sera sans nul doute un vecteur pour être contemporain dans notre architecture.

Et reconstruire la ville sur elle-même, prend ainsi tout son sens.